01 juin- à la maison –  4 h 30 du matin

Assis dans un pré de renoncules…Un grand broquart me gratte le dos d’ une de ses dagues alors
qu’ un marcassin s’ ingénie à me dénouer mes lacets, puis mâchouille le grand brin  en poussant des
petits cris de concupiscence…Ses frères et sœurs, encore en pyjama, entament
une partie de saute-cochon, sous l’ œil indifférent de leur mère qui déterre quelques vers blancs
dans la prairie laissée à sa disposition par Raymond, l’ ancien chasseur repenti.
Mon pantalon bouge !!!!un chatouillis indescriptible remonte jusqu’ à mon  entre-jambe, passe dans
mon dos aidé par un couinement indescriptible…Ma nuque semble tout-à-coup animé par une saucisse
en poils : une petite belette m’ a pris pour un tunnel et me mordille maintenant l’ oreille.…

Le grand cataclysme induit par l’ homme à ramené ce troisième millénaire à sa plénitude: les carnivores
se sont mués en végétaliens, le terme de prédateur n’ est plus….
L’ apocalypse nucléaire à muté les êtres au plus profond de leur chair, en pacifistes amoureux de la vie…
Quel scientifique, quel homme d’ état aurait pû prévoir tout cela…
L’ harmonie et la compassion, chères à Théodore Monod, il y a plus de mille an, sont enfin nôtres
grâce à….

CRiiiiSSSSS…
Où sont mes amis ?la belette à disparue, je la cherche sous l’ oreiller en vain alors
que la prairie verte est devenue bleue…Le chêne, à ma droite n’ est plus qu’ un prétentieux
amas de planches…Quelque chose bouge sur ma gauche…Maud ???…Ma vision s’ affine
 et mon esprit s’ éclaire….J' étais en plein rêve.....Un bruit, celui de la craie au tableau recommence…

CRiiiSSS…
Il y a quelque chose sur le toit, juste au-dessus de notre chambre…Un coup d’ œil à ma montre,
il est 4h27 du matin…
Le toit n’ est plus qu’ une aire de jeux, un terrain de course dont les pas du visiteur font résonner
les ardoises…
Tatum, tatum, tatum… Maud me lance un regard conivent, elle aussi, vient de comprendre…
Je saute du lit, passe dans la salle d’ eau équipée d’ une lucarne de toit...Les bruits qui s’ étaient
éloignés reviennent rapidement…Je colle mon nez contre la vitre…Une petite truffe rose vient
à ma rencontre…Pour la première fois de ma vie, je vois une fouine…elle est là, seul le verre
nous sépare…J’ ai juste le temps de distinguer ses  diamants ronds surmontés par ses oreilles
duveteuses.…qu’ elle repart déjà…trop court instant qui me laisse dans un état d’ excitation
proche de l’ apparition…
Mon envie est grande de sortir, pour la voir encore mais je m’ abstiens…et retourne au lit…
en écoutant les derniers tatum, tatum, tatum…

Morphée ne reviendra que très tard…