24 juin- Massif du Saut du Loup - 14 heures

Bientôt 2 mois que les tueurs ont remisé leur bâton à exécuter…Les bois retrouvent peu-à-peu
la quiétude qu’ ils ne devraient jamais perdre…J’ avance depuis 30 minutes dans la végétation encore
engourdie par un long hiver froid et sec. Hier, en passant sur la route près de la ferme de Pierrot, j’ ai repéré
un renard - femelle semble-t-il - mulôtter dans le pré avec une belle vigueur; j’ ai dans l’ idée qu’ elle pourrait bien
avoir une portée dans les blaireautières, près du ruisseau du Loir…
Goupil n’ est pas un fouisseur mais sait parfaitement profiter des qualités de pelleteuse
du Tesson…Il n’ est pas rare de voir les familles  cohabiter, jusqu’ à ce que le placide blaireau mette
un terme à une co-location de plus en plus chahutée, eu égard aux ébats diurnes des renardeaux..
Par mégarde, mon pied écrase une branche qui se plaint d’ un couinement sec…Une buse
perchée à 30 mètres de là part dans les frondaisons en poussant son miaulement ironique…
Elle me fait penser à la mouette de Lagaffe…Du coup, 3 ramiers embrassent l’ air d’ un claquement
sec et vident l’ enceinte.
Après avoir pollué de ma présence d’ homme la clairière aux rayons d’ or, j’ arrive enfin sur les
terriers dont je me mets à faire soigneusement le tour…Le vent se lève, mon passage aura ainsi disparue
dans quelques heures, pour les sorties nocturnes…
Point de plumes ni d’ odeurs dont l’ antre du renard sait se prévaloir. Au loin, un aboiement
rauque, lointaine complainte du broquard…Peut-être crie-t-il sa joie d’ avoir échappé aux tueurs…
Dubitatif quant à mon enquête, j’ esquisse quelques pas vers une tête de chêne tombée au champ du bucheron
et  dont le tronc  m’ invite à la méditation.
Un craquement de  branches aussi monumental que soudain à moins de 10 mètres me cloue
 sur place : 2 bêtes noires ont jaillit du dessous de la cépée, là où j’ allais poser mon céant !
Impossible qu’ elles ne m’aient pas repéré, entendu ou senti, mes allées et venues n’ étaient
pour le moins  pas discrètes !
Il aura fallut m’ approcher à quelques mètres pour que ces pauvres bêtes se sentent menacées…
Moment intense de bonheur qui n’ a d’ égal que la frustration d’ avoir rompu leur instant…
Avec prudence et circonspection, le dérangement consommé bien malgré moi, j’ entreprends
de visiter la chambre…A quatre pattes, puis en rampant dans cet entrelas de branchages
j’ arrive au tréfond de la bauge…encore chaude, presque fumante…Une odeur douce amère
exhale encore la vie…Quelques poils accrochés aux ramilles témoignent du branle-bas de combat…

Le plus incroyable ?Les deux nuits précédentes, j’ avais filmé la blairelle au pied du grand chêne,
à 15 métres de là….