06 novembre – Pré de la Tour – 0h45

Foutue réunion…Une fois de plus, elle à duré plus que de raison…De parlottes en bribes de
pensées stériles, elle m’ a encore vampirisé de précieuses heures sur le terrain…La réunionnite
n’ a jamais été mon truc…J’ y préfère l’ action, concertée et dirigée, certes, mais l’ action…
Je pense sérieusement à poser ma démission…
Mon destrier de tôle me ramène, moi , pauvre Bayard des temps modernes à ma campagne, mon
précieux bocage où mon esprit vagabonde à perpétuité…
Prémice ailée d’ une nature incommensurablement présente, une Dame blanche passe devant
les phares…
Bientôt, l’ entrée du petit chemin forestier, dessine son écharpe de goudron sous une lune dont
un des quartiers semblent avoir fondu de timidité…
Je m’ y engouffre, ralentie ma vitesse jusqu’ à être en roue libre, puis coupe le moteur…Enfin
la voiture glisse au rythme de la descente, comme un voilier d’ acier…
Ma vitre baissée, la torche à la main, je balaie d’ un filet d’ or les pommiers…Des yeux dans le fond
entame des mouvements demi-circulaire dans un sens, puis dans l’ autre, deux magnifiques
diamants parfaitements blancs…Le Prince des Forêts se reconnaît facilement dans la nuit à ces
critères…
Mes phares ne trouvent plus rien…J’ ai beau chercher et pourtant, je sais que l’ époque leur est
propice…
La voiture, presque silencieuse, descend vers la ferme…Rien dans le pré de la Tour, ma lampe
rebondit de pommiers en pommiers sans rien trouver…Arrêt complet…Une hulotte se plaint
au loin…Les minutes s’ allongent et je m’ abandonne au bien-être…
Un couinement me rappelle à l’ ordre…Je jurerai qu’ il fût tout proche...Ma lampe reprend du
service dans le pré…
Huiikk, Huiikk…..sans que je les ai entendu, une compagnie de sangliers à conquis l’ enceinte, à
moins de 15 mètres du véhicule…Branle-bas de combat, un énorme mâle y fait une cour digne
du plus grand géniteur à la matriarche…La tension est extrême et palpable…3 bêtes rousses
s’ interposent et se font charger à plusieurs reprises alors que 2 ragots font des embardées
de droite et de gauche…
Une écume blanchâtre et filleuse tisse un fil d’envie sur le poitrail du Solitaire…
Ma caméra à la main, tordu à souhaits dans la voiture, je filme et filme encore…Précieux
témoignage pour ceux qui ne savent pas…
Le rythme s’ accélère et dégénère presque en pugilat, pattes et têtes, vrilles et poils dressés
s’ accordent dans une fresque dantesque…puis, une voiture arrive au loin…je coupe ma torche…
la rallume lorsque mon visiteur inconvenant est passé….Ma troupe à vidé l’ enceinte…
Je balaie aussi loin que possible…écarquillant les yeux comme autant de photosites à la
recherche de lumière…Le silence est repassé maître des lieux…


La fête est finie…